C'était le vide interstellaire. Si grand, si froid et si hostile.
Bill finit par s'endormir au levé du jour, les joues mouillées et le draps sur lequel il dormait humide.
Tom quant à lui voguait à ses loisirs dans le salon. Devant la télévision. Affalé sur le canapé. Grignotant quelques chips. Vêtu d'un peignoir de bain rouge. Le peignoir de Bill. Avec dessus l'odeur légère de son frère, mais il n'y prêtait pas attention. Il la sentait sans la savourer, alors que Bill se délectait de la sienne à chaque fois qu'il en avait l'occasion.
Tom ne saignait plus, mais sa lèvre et son ½il le faisait beaucoup souffrir. Il avait replacé le bandana sur son ½il, en mettant en dessous un coton imprégné d'alcool. Il avait l'air encore plus machiavélique et diabolique avec ce bandana et sa figure ravagée. Mais Tom ne semblait pas s'en faire beaucoup. Ce qui l'embêtait surtout, c'était la douleur. Le reste, il verrait plus tard. Le problème était : et si ça s'infectait ? Bof, finalement, ça n'avait plus beaucoup d'importance.
L'important à présent, c'était Bill. Sans le laisser voir, Tom était complètement perturbé par ce qui s'était passé. Bill n'avait jamais levé la main sur lui, il en avait toujours été incapable. Bill avait toujours fait l'innocent, le faible, la victime, mais l'était-il vraiment ? S'était-il caché pendant toutes ces années ? Mais pourquoi ne serait-il pas devenu agressif plus tôt ? Tom n'en savait rien, il n'avait pas les réponses. Il décida alors d'aller les chercher.
Il se leva du canapé, laissa négligemment le sachet de chips dessus, n'éteignit pas la télévision et se dirigea dans la chambre. Il ne voyait pas Bill, mais il savait qu'il était là, sous la couette. Il respirait fort comme un asthmatique. Tom attrapa un pan de la couette et l'enleva complètement, la mettant à terre. Bill grelota et gémit en se recroquevillant un peu plus sur lui-même.
- Réveille-toi, dit calmement Tom en restant planté au milieu de la chambre.
Mais Bill dormait profondément et ne l'entendait pas. Il ne faisait pas semblant cette fois-ci, Tom en était sûr. Il alla s'assoir sur le lit et se répéta, mais Bill ne réagit toujours pas. Alors Tom se coucha à côté de lui, sur le dos, pensif. Il regardait son frère du coin de l'½il. Le visage de celui-ci était presque caché derrière ses poings fermés et des mèches de cheveux, mais Tom devinait des traces de larmes. Son haut de pyjama, mal mit, remontait jusqu'à sa poitrine, découvrant son dos et son ventre abîmé de cicatrices. Tom le lui rabaissa en le caressant, fixant les blessures, dont la fameuse phrase Tu es à moi en plein milieu de son ventre sur ses petits abdominaux. Cela faisait près de deux mois qu'il lui avait fait cette blessure, et celle-ci ne s'estompait pas du tout. Elle ne partirait jamais. Bill en gardera la trace pour toujours, probablement.
Tom mit sa main sur la joue de son jumeau, la caressant doucement et débordant dans son cou. Les yeux de Bill se mirent à bouger derrière leurs paupières, puis celles-ci s'ouvrirent. La première réaction de Bill en voyant Tom aussi proche de lui fût de mettre un peu plus de distance entre leurs deux corps. Il recula jusqu'au bord du lit.
- Je n'allais rien te faire, dit froidement Tom.
- Tu es si imprévisible que je préfère garder mes distances avec toi, répondit Bill.
- Et toi, tu ne crois pas être imprévisible peut-être ?
Bill regarda tour à tour la lèvre et l'½il de son jumeau. Il est vrai qu'il n'avait jamais eut en tête de le blesser, ne serait-ce qu'une égratignure. Pourtant, il lui avait arraché la lèvre et crevé l'½il. Bill en eut un hoquet d'angoisse, qui fit apparaître un sourire sur le côté des lèvres de Tom qui n'était pas abimé.
- Je ne sais pas ce qui m'a prit, finit par dire Bill.
- Un désir de vengeance peut-être ? Non ?
Bill ferma les yeux un moment, tentant de rassembler ses esprits. Il avoua finalement :
- Sache que mon but n'était pas de te faire du mal.
- Ha oui ?
- Oui. Je voulais que... que tu comprennes ce que moi je ressens lorsque tu me fais ça.
- Et tu crois que j'ai compris ?
Bill baissa les yeux et haussa les épaules.
- J'espère, dit-il. En vérité, je ne suis pas sûr que j'aimerai recommencer ça.
- Tu sais Bill, commença Tom.
Il attendit un moment. Son jumeau s'impatienta.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai attendu longtemps ce moment.
Les sourcils de Bill se froncèrent.
- Tu as attendu quoi exactement ? Que je te fasse du mal ?
- Non, que tu me cries ta souffrance et ta haine envers moi. Que tu m'expliques un peu ce que tu ressens.
- Je ne comprends pas...
- Il n'y a rien à comprendre.
Tom se rapprocha de son frère et celui-ci tenta de se reculer encore un peu, mais il était déjà au bord du lit, près à tomber.
- Bien sûr que si. Pourquoi tu m'as fais tout ça ? Je ne comprends pas. J'ai... je t'ai toujours parlé avec mon amour, et toi tu me répondais par la haine. Il y a-t-il une raison à ça ?
- Oui.
- Alors explique-moi !
- J'aimerai bien mais... mais je ne la connais pas.
Bill soupira en tremblant, et dit :
- Arrête de te foutre de moi. Je suis sûr que tu la connais, mais tu ne veux pas me la dire. Arrête de me prendre pour un moins que rien, je ne suis pas bête.
- T'as pas eut ton bac.
- Tom arrête !!! Hurla Bill. Dis-moi pourquoi tu me détestes.
- Je n'ai jamais dis que je te détestais.
- Tu me l'as montré.
- Non.
Tom se rapprocha encore un peu et Bill mit un pied à terre, près à bondir hors de la chambre si Tom devenait à nouveau violent.
- Ce n'est pas ça que j'ai voulu te montrer. Tu n'as jamais compris ce que je voulais te dire.
- Je ne vois pas ce qu'il y avait à comprendre... Souffla Bill.
- C'est bien ça le problème, petit frère. Tu n'as jamais rien compris. Tu vis dans ton monde, dans ta bulle. Crois-tu vraiment que le monde est toujours le même que lorsque nous étions gosses ?
- Je ne vois pas le rapport avec ta violence envers moi.
- Il y en a pourtant un. Tu vis exactement comme avant, tu ne changes pas, tu prends tout comme ça vient. Tu ne sais rien faire sans moi, tu n'as pas de relation avec les autres. Crois-tu que le monde fonctionne comme ça ? Crois-tu que je serai toujours là ?
- Je ne vois pas pourquoi tu ne serais plus là. Et puis je me suis débrouillé tout seul quand tu n'étais pas là.
- Lucas m'a dit que tu avais des hallucinations complètement folles et que tu passais ton temps à manger des gâteaux. Tu ne faisais rien d'autre. Tu ne survivrais pas sans moi.
- Je n'ai pas à survivre sans toi, tu es là.
- Je ne serai pas là éternellement, Bill.
- Mais tu ne vas pas partir tout de suite, tu... tu vas encore rester avec moi ?
Le ton de Bill devenait affolé, perdu et effrayé. Qu'est-ce que Tom voulait-il dire exactement ? Celui-ci le regardait tristement, comme jamais il ne l'avait regardé.
- Bill, il faut que je te dise quelque chose...
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne vas pas partir ? Hein, dis ? Tu ne vas pas me laisser tout seul ?
Tom prit une profonde inspiration, puis dit :
- Je ne suis pas allé en Angleterre pour un stage avec l'université.
- Qu'est-ce que tu y es allé faire alors ? Demanda Bill, dont les larmes commençaient à noyer les yeux.
- Je suis allé voir un spécialiste.
- Mais p-pourquoi ?
- Je suis malade Bill.
- De quoi t'es m-malade ? Qu'est-ce que t-tu as ? C'est g-grave ?
- En fait... ça aurait pu ne pas être grave. A la base je n'avais qu'une anémie bénigne.
- C'est quoi ?...
- Heu... c'est le nombre de globules rouges qui diminue dans le sang. Mais ce n'est pas grave, ça se guérit. Seulement, on s'en est aperçu trop tard. De la même façon que le cancer, plus la maladie avance, moins il est possible d'en guérir. C'est ce qui s'est passé. Je n'avais plus assez de globules rouges dans le sang pour aller convenablement nourrir mon cerveau en oxygène et en nutriments. Alors certaines parties de celui-ci ont commencé à mourir... ça a commencé par des pertes de mémoire et des dégénérescences, un peu comme la schizophrénie.
- C'est... c'est ce qui s'est passé dans la forêt, et toutes les autres fois ?
- Oui. Au début du moins. Après on m'a donné un traitement et c'est un peu passé.
- Mais alors... pourquoi tu es si violent avec moi ?
- Je voulais que tu partes, il fallait que tu saches vivre tout seul. Tu dépends beaucoup trop de moi.
- Mais... ne me dis pas ça. Tu vas bien non ? Je n'ai pas besoin de vivre tout seul...
- Le spécialiste a dit que... qu'il ne me restait plus que quelques jours.
- Et tu serais guéri ? Hein, c'est ça ? Tu vas aller bien ? Tom... tu vas aller bien ?
Bill était à peu près sûr que Tom allait lui répondre le contraire, mais il préférait croire à la situation inverse. Ses larmes coulaient sur ses joues et Tom les recueillait sur le bout de ses ongles.
- Non Bill. Je ne serais plus là. Tu seras tout seul.
Voilà, on arrive à la fin de la fic. Plus qu'un ou deux chapitres. Qu'est-ce que vous avez pensé de celui-ci ?
Vous aviez pensé à cette éventualité, que Tom était en réalité gravement malade ?
Si non, vous croyiez que Tom avait quoi pour avoir ce comportement ?
Et Bill, vous pensez quoi de lui ?


