.VIII
La pluie torrentielle n'était plus qu'un crachin et il semblait qu'une nappe de brouillard s'installât. Bill ne voulait pas rentrer chez lui. Il s'y refusait totalement, il ne voulait d'ailleurs même pas y penser. Cependant, il était trempé comme une soupe et gelé jusqu'aux os. Son maquillage noir avait complètement coulé sur ses joues toutes rouges, à la manière d'une coulée de lave visqueuse. Ses vêtements lui collait à la peau désagréablement et son tee-shirt blanc était presque transparent, moulant et laissant entrevoir son ventre maigre. Il avait bien essayer de refermer sa veste, mais avec l'hystérie qui l'avait poursuivit depuis sa sortie des eaux noires du lac il avait cassé la fermeture éclaire.
Bill erra comme s'il était perdu dans les périphéries de la ville. Il ne voulait pas aller dans le centre et risquer qu'on le voit dans un état pareil. Lui qui était si perfectionniste lorsqu'il s'agissait de son look ne pouvait tout simplement pas envisager de faire une virée en ville dans cet état là.
Le brouillard eut vite fait d'engloutir toute la ville, la plongeant dans une sorte d'univers mystérieux et inquiétant. Bill ne voyait rien à plus de cinq mètres de lui et marchait lentement. Les rares voitures qui passaient par là roulaient au pas en transperçant lentement la brume. Bill les entendait, mais il ne les voyait pas toujours. Tout ce qu'il pouvait voir d'elles, c'étaient leur phares allumés, presque rendus invisibles par le brouillard. Les arbres et les maisons qui bordaient la route n'étaient que des ombres immenses et effrayantes et l'imagination de Bill lui fit rapidement voir des monstres à la gueule pleine de dents acérées. Le garçon accéléra le pas, sentant son c½ur s'emballer et craignant de voir dans le brouillard un fantôme au crâne fendu. Le problème, c'est qu'il ne savait plus très bien où il était. Il tenta de garder la tête froide en essayant de retrouver son chemin. En plus, la nuit tombait, et la ville semblait être réduite à une sorte de masse grisâtre qui s'assombrissait au fur et à mesure que le jour laissait place à la nuit.
Les lampadaires s'allumèrent, ne rendant pas pour autant la vue meilleure dans le brouillard. A vrai dire cela ne faisait que tracer des cercles de faible intensité lumineuse sur le trottoir gris. Bill avançait toujours, congelé comme un glaçon, les lèvres bleues. Tout son petit corps tremblotait de plus en plus, alors que le crépuscule se terminait. Les températures baissaient de plus en plus. On n'était pas en hivers, certes, mais le brouillard semblait être un réfrigérateur géant. Bill ne sentait plus son nez, ses doigts et ses orteils. L'humidité qui régnait dans la brume ne l'aidait pas à sécher, et il était toujours trempé. La toux gagnait sa gorge et le rhume envahissait ses bronches et son nez. Une jolie bronchite en perspective.
Les pieds douloureux dans ses chaussures, Bill décida de s'assoir contre une clôture, bien que la peur l'envahissait tout entier. Une crise d'éternuements le prit et son nez coulait. Il renifla bruyamment, n'ayant aucun mouchoir en poche. Il toussa dans ses mains, puis ramena ses genoux contre la poitrine, baissant la tête entre les deux. De violents frissons convulsionnaient son corps alors qu'il soufflait dans ses mains pour les réchauffer, sans trop de succès. Il se souvînt soudain des bêtises que Tom lui racontait avant que le rouge ne l'obsède. Il lui avait conté une histoire sur les canadiens sur leurs motoneiges, un après midi d'hivers, gris et enneigé. C'était peut-être un jour de Décembre ou de début Janvier, Bill ne se souvenait plus très bien. Il se souvenait surtout de l'idée faramineuse de Tom qui était d'aller faire de la luge dans les champs en pentes près de chez eux, dans leur petit village natal. Bill sentait encore le
froid qui lui mordait les jours, les mains et les pieds à travers ses moufles et ses bottes fourrées. Mais qu'importe, il s'en fichait encore pas mal alors qu'il dévalait à toute allure la pente sur sa luge en plastic. Tom glissait à côté de lui, la bouche grande ouverte d'où sortait un rire joyeux et plein de vie. Il fallait être celui qui glisse le plus loin pour gagner. Evidemment, Tom glissait toujours le plus vite et le plus loin, et Bill tombait dans 99% des cas alors que la pente était à peine entamée et roulait dans la neige comme une boule. Tom se bidonnait parfois tellement qu'il tombait aussi. Mais il glissait toujours plus loin.
Ce jour là, Tom avait décidé de mettre un peu plus de vitesse lors de leurs glissades. Il fallait prendre de l'élan en courant le plus vite possible et se jeter sur sa luge comme un rugbyman qui plonge.
- T'es près Billou? Demanda Tom.
- Ouais!!!
- Alors... 1... 2... 3... Partez!
Et ils détalèrent dans la neige. Bien sûr Tom courait plus vite. Il sauta en premier sur sa luge et glissa si vite que Bill ne décrocha pas les yeux de lui et butta contre sa propre luge. Il tomba maladroitement dessus et se mit à glisser à une vitesse trop folle pour lui... si bien que comme d'habitude il tomba, mais la chute fût un peu plus violente. Il roula comme une boule et de la neige rentra dans ses vêtements chauds. Il ouvrit la bouche pour crier tant c'était froid mais il ne fit qu'avaler de la neige. En bas, Tom hurlait de rire, se tenant le ventre assit par terre tant la scène était hilarante.
Bill arrêta de rouler et se retrouva sur les fesses à quelques mètres de son jumeau qui s'était couché à terre, complètement mort de rire.
- C'est pas drôle, ronchonna Bill, au bord des larmes.
Tom voulu parler mais un nouvel éclat de rire le prit de cours. Bill fondit en larmes sans faire un seul petit bruit, le bonnet en laine plein de neige lui retombait sur les sourcils et une moue trop adorable se dessina sur ses lèvres roses. Tom se calma lentement et marcha à quatre pattes vers son frère qui fixait le vide droit devant lui.
- Hé, Billou, pleure pas, murmura Tom d'une voix douce.
Le Billou en question tremblait comme une feuille à cause de la neige qui était rentrée dans ses vêtements et fondait en coulant sur sa peau. Tom s'installa à côté de lui et l'étreignit à travers son épais manteau.
- Tu ne t'es pas fait mal ? Demanda-t-il.
- Un petit peu. Mais j'ai froid surtout. Il y a plein de neige dans mes vêtements...
Bill reposa la tête contre l'épaule de Tom et celui-ci l'embrassa sur l'oreille qui dépassait du bonnet. Bill tremblait comme une feuille et sanglotait doucement. Son jumeau lui frotta le dos pour tenter de le réchauffer.
- Tu veux rentrer à la maison ? Proposa-t-il.
Bill fit non de la tête avec un air boudeur sur le visage.
- Tu auras chaud à la maison.
Bill ne répondit rien et entoura de ses bras le corps de son frère.
- Qu'est-ce que tu veux alors? S'impatienta celui-ci.
Bill haussa faiblement les épaules et resserra son étreinte. Il boudait, et Tom savait qu'il n'y avait rien à faire tant que Bill n'aurait pas décidé lui-même d'arrêter de faire la tête. Et si Tom avait le malheur de le laisser tout seul dans son coin pour bouder, Bill se mettrait à hurler pour qu'il revienne au plus vite.
- Tu sais quoi ? Dit Tom.
Bill ne broncha pas, mais Tom savait qu'il l'écoutait.
- Une fois, au Canada, un groupe de Canadiens étaient en pleine excursion scientifique sur leurs motoneiges. Ils allaient observer les phoques. Tout allait bien, jusqu'à ce qu'une tempête de neige arrive. Ils ne voyaient plus rien et ils étaient presque morts de froid! Ils ne pouvaient pas monter leurs tentes parce qu'il y avait trop de vent. Alors tu sais ce qu'ils ont fait pour se réchauffer un peu ?
- Quoi ? Fit Bill d'une petite voix.
- Ils se sont tous fait pipi dessus, comme les bébés !
Bill rit faiblement. En fait, il se retenait de rire aux éclats. Ce n'étaient pas drôle de laisser Tom gagner aussi facilement... Bill était bien dans ses bras et voulait y rester encore un peu.
- Mais après, continua Tom, quand ils sont arriver là où les phoques étaient, ils sentaient tellement pas bon que tous les phoques ont plongé à l'eau !
Bill se retint une nouvelle fois de rire la bouche grande ouverte.
- Ils avaient l'air un peu cons. Ils s'étaient pissé dessus et en plus ils n'avaient même pas pu observer les phoques.
Bill releva la tête, souriant, et dit:
- Mais moi je veux pas me faire pipi dessus. Sinon tu vas plus vouloir me faire de câlin !
Ils explosèrent de rire tous les deux, puis rentrèrent à la maison en trottinant joyeusement. Ce soir là, Bill ne se ferait pas pipi dessus non plus. Il avait beau congeler sur le trottoir, il se refusait d'y remédier de cette façon. Il resta là un moment, se demandant quelle direction prendre.
- Prend celle de la mort, Billou. Les morts, eux, n'ont jamais froids... Non, jamais. Et tu sais pourquoi? Ils sont naturellement froids...Bill ferma très fort les yeux. Le fantôme était là, quelque part autour de lui, se délectant de le voir trembler et d'avoir peur. Il riait comme un clown maléfique se nourrissant de la frayeur du garçon. Il continua à rire plusieurs secondes avant que son rire ne disparaisse dans quelques échos.
Bill releva prudemment la tête. Il n'y avait plus rien d'autre que la rue, les maisons, les arbres et les réverbères. Et la brume. Mais ce qu'il y avait surtout, juste devant lui, c'était la porte de la maison où habitait Lucas. Y était-elle avant que le fantôme n'apparaisse? Bill n'en était pas si sûr... Il l'aurait vu. Ou bien il était si fatigué qu'il n'y avait pas autant fait attention que ça. C'était possible aussi...
Bill se releva lentement. Il se surprit à hésiter pour aller sonner à la porte de la maison de Lucas. Sans savoir réellement pourquoi, il n'osait pas, comme s'il savait d'avance qu'il se passerait quelque chose qu'il allait regretter. Qu'il regretterait à cause de Tom. Mais pourquoi? Pourquoi avait-il ce sentiment là? Il n'en avait aucune idée.
Finalement, il traversa la rue et se retrouva devant la porte de chez Lucas. Il leva lentement la main, au ralenti, comme s'il hésitait encore à sonner. Il le fit finalement et sursauta en entendant la sonnerie criarde. Il attendit qu'on lui ouvre, tremblant de froid. Ce temps passé à attendre lui parut infiniment long, et il s'apprêta à repartir lorsqu'il entendit soudain des pas dans la maison, quelques aboiements, puis la porte s'ouvrit. Dim le petit golden retriever lui sauta dessus la langue pendante, et Lucas arriva à sa suite. Bill sourit comme un soleil.
- Bonsoir, dit-il en grattant le menton du chiot.
- Salut Bill. Qu'est-ce qui t'amène?
- Rien je... j'avais juste envie de te voir, et comme j'ai cassé mon portable... mais si je dérange je peux repartir...
- Mais tu ne me déranges pas! Le coupa Lucas avec un sourire. Entre.
Bill rentra, le chien jouant dans ses jambes si bien qu'il faillit tomber, mais le blond le rattrapa dans ses bras. Il lui fit la bise, et leurs visages restèrent très près l'un de l'autre, si près que leurs nez se touchaient presque. Lucas referma la porte d'entrée derrière lui en la claquant avec le pied.
- Comment as-tu cassé ton portable ? Demanda-t-il.
- Je... j'ai...
Il l'avait balancé contre le mur, fou de rage, après un coup de fil de Tom.
- J'étais accoudé à la fenêtre et sans faire exprès je l'ai fait tomber... Cinq étages ça pardonne pas.
- Non c'est vrai. Tu n'as pas du tout réussi à le refaire marcher ?
- Non. Il est foutu je pense...
- Hum.
Pendant une fraction de seconde leurs deux regards se pénétrèrent. Un frisson glacé mais agréable parcouru l'échine de Bill.
- Et tu fais tout ce chemin sous la pluie pour me voir ? S'étonna Lucas.
- Ben oui.
- En courant le risque que je ne sois même pas là ?
- Oui.
D'un côté, c'était faux, parce qu'il était juste sortit de l'appartement en pensant fuir le fantôme. Mais d'un autre côté, ses jambes l'avaient conduit jusqu'ici alors qu'il était perdu dans le brouillard.
Lucas sourit et approcha timidement ses lèvres de celles de Bill.
- Tu es trempé et gelé, murmura-t-il.
Son haleine sentait le bonbon aux fruits. Bill sentit les bras du blond se resserrer autour de lui, au niveau de sa taille. Ses lèvres se déposèrent délicatement au coin des siennes et y restèrent un petit moment. Bill ferma les yeux et se sentit planer au-dessus du monde en oubliant tous les problèmes qu'il avait.
Lucas s'éloigna ensuite, en restant cependant tout près de son visage. Bill rouvrit les yeux tout doucement et les plongea dans ceux de Lucas.
- Depuis la première fois que je t'ai vu j'avais envie de faire ça, avoua le blond.
Bill sourit et l'embrassa plus franchement sur les lèvres, tout en restant doux et presque timide. Les mains de Lucas caressèrent ses hanches et Bill se mit à se tortiller doucement car ça le chatouillait, ce qui fit beaucoup rire Lucas qui continua à le chatouiller davantage. Bill éclata de rire en se contorsionnant comme un asticot. Il n'avait plus froid du tout, ou du moins il n'y pensait plus.
Lucas n'en fit pas plus et lui proposa un chocolat chaud, que Bill accepta sans hésiter. Bill s'étonna de la grandeur de la maison et, surtout, que Lucas y vivait seul apparemment.
- Tu vis tout seul dans cette grande maison? Demanda Bill.
- Oui, répondit Lucas. Je sais, c'est assez étonnant. C'est la maison de ma grand-mère et à son décès, elle m'a tout légué, ainsi que la maison.
Pourquoi ne pas avoir tout léguer à la mère de Lucas, plutôt ?
- Le loyer doit coûter cher, remarqua Bill.
- En fait, non, pas tant que ça. Je ne paye pas l'électricité car ma grand-mère était retraitée de la compagnie d'électricité. Et avec l'argent qu'elle m'a légué, pour l'instant je n'ai pas besoin de travailler en plus de mes cours à la fac.
- C'est plutôt chouette.
- Plutôt, oui.
Bill but la moitié de sa tasse de chocolat chaud d'une traite.
- Tu veux que je te prête des vêtements ? Proposa Lucas. Tu vas être malade à rester comme ça.
- Je veux bien, répondit Bill.
Ils allèrent dans la chambre de Lucas et ce dernier lui passa un jean et un tee-shirt propres et secs. Il laissa Bill se changer tranquillement dans sa chambre.
Bill retira son pantalon tout collant et enfila le jean de Lucas. Il était deux fois trop grand et Bill se maudit de ne pas avoir mit de ceinture ce jour ci. Il ne pouvait tout simplement pas marcher sans que le pantalon se retrouve à hauteur de ses genoux au bout de trois pas.
- Lucas ? Appela-t-il en tenant fermement le haut du jean.
Lucas rentra et sourit en voyant le désastre.
- C'est embêtant, dit-il. Je vais te passer une ceinture.
Il cherche ce qu'il voulait dans une armoire et le donna à Bill. Celui-ci commença à passer la ceinture dans les sangles mais le pantalon descendit de nouveau. Bill s'empressa de le remonter et rougit comme une pivoine en voyant que Lucas avait regardé. Il fit comme si de rien n'était et mit la ceinture.
- C'est mieux comme ça ? Demanda Lucas.
- Beaucoup mieux, répondit Bill avec un sourire gêné. Merci.
Lucas s'approcha et prit son visage entre ses mains. Il l'embrassa chastement avant de lui dire :
- T'es tout rouge.
- En même temps... j'aime pas trop qu'on me voit sans pantalon.
- Tu n'as pas à être gêné. C'est pas comme si tu étais mal fichu...
Lucas sourit et Bill rougit encore plus, ne sachant que dire. Pour occuper le silence, il embrassa le blond à son tour.
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Désolée pour le retard, mais j'étais occupée toute la semaine dernière. Cette semaine j'aurai un peu plus le temps d'écrire ^^.
Que pensez- vous de ce chapitre?
Le fantôme?
Bill?
Lucas?
La relation entre les deux garçons?
Commen réagirait Tom à votre avis?
65 com's.