Ce chapitre présente une scène susceptible de choquer certains. Elle est mise en couleur sombre.
Voilà qui changeait bien des choses. D'habitude, dans certaines situations, Bill seul savait calmer et raisonner son jumeau. Il avait toujours réussit à maîtriser les humeurs de Tom. Toujours. Jusqu'à cette fameuse après-midi dans la forêt où Tom s'était métamorphosé à la vue des fraises comme un loup-garou à la pleine lune. Dès lors, Bill avait l'impression que Tom ne se souciait plus de lui, ou du moins, pas de la même façon qu'avant. Cette nouvelle façon là ne lui plaisait pas du tout...
Certes, avant l'épisode de la forêt, Tom n'excluait pas certains gestes doux, quelques petites caresses ou baisers volés, lorsqu'ils étaient à deux dans la chambre. Et Bill appréciait grandement ces gestes agréables et attentionnés et y répondait de manière semblable. Mais jamais, au plus jamais, Tom n'avait été méchant, brutal et aussi égoïste.
Pourtant, Bill l'aimait. Il l'aimait plus que tout. Tom ne semblait pas le détester mais ses intentions envers lui étaient mal attentionnées, viles et totalement enclins à l'érotisme et à sa seule satisfaction. Ce n'était plus Tom...
Bill attrapa un caillou et le jeta d'un geste énervé dans le lac. Les vaguelettes anéantirent son reflet l'espace de quelques secondes, avant que celui-ci ne réapparaisse vaguement, ondulant comme un serpent, révélant un Bill avec les larmes aux yeux, le noir du maquillage dégoulinant sur ses joues rouges et quelques traces de rouge à lèvres qu'il avait grossièrement enlevé du dos de la main.
Oui, Tom avait changé et l'adolescence n'allait certainement pas l'aider à redevenir le Tom que Bill aimait par-dessus tout.
- Mais j'aime toujours Tom, murmura Bill pour lui-même. Je l'aimerai toujours, quoi qu'il arrive.
Et ses pleurs redoublèrent d'intensité, sachant que Tom, lui, ne l'aimerait plus jamais comme avant.
Bill ne rentra chez lui qu'au crépuscule. Sa mère lui sauta au cou en lui demandant où il était passé durant toute l'après-midi, et Bill répondit simplement qu'il était allé au parc.
- Pourquoi tu n'étais pas avec Tom? Lui demanda-t-elle.
Elle avait l'habitude de voir ses fils toujours ensemble, jamais chacun dans leur coin, comme ça c'était passé cette après-midi.
- On s'est disputé un peu, c'est tout... Mentit Bill.
Il se défit de l'étreinte de sa mère et monta à l'étage. La porte de la chambre était légèrement entrouverte, et un air de music en sortait: Angels de Robbie Williams.
Bill regarda discrètement à travers la mince ouverture, et vit Tom allongé sur son lit, les bras croisés et les mains derrière la tête, regardant le plafond en chantant maladroitement les paroles de la chanson anglaise.
Le Salut fait déployer leurs ailes
So when I'm lying in my bed
Alors quand je suis couché dans mon lit
Thoughts running through my head
Les pensées fusent dans ma tête
And I feel that love is dead
Et quand j'ai le sentiment que l'amour est mort
I'm loving angels instead
J'aime les anges à la place
Certains auraient trouvé cette vision féérique, mais pour Bill, elle lui glaça les sangs. Comment Tom pouvait-il à la fois être doux comme en ce moment, sans son frère et sans rouge, et être aussi méchant lorsque Bill était là, habillé de la couleur des Enfers? C'était quelque chose d'inexplicable. C'était comme si Tom rêvait de l'amour comme de la chose la plus belle qu'il puisse exister, et que lorsqu'il se trouvait en face de lui, il avait tout simplement envie de le détruire.
La chanson se termina, et Bill rentra dans la chambre pour prendre un pyjama et aller se doucher. Mais Tom se leva, devenu aussi diabolique qu'il avait été angélique il y a quelques secondes. Bill s'empressa de prendre son pyjama et se précipita vers la porte de la chambre, mais Tom le retînt par le poignet.
- Lâche-moi! Se défendit Bill.
Mais évidemment, Tom ne l'écouta pas. Il colla son corps au sien et l'embrassa. Bill se débattit faiblement jusqu'à ce que la Sensation le prenne au ventre, et il rentra dans la danse. Mais pas pour très longtemps.
Tom le repoussa sur le lit et grimpa sur lui. Bill fût prit d'angoisse à la seconde même où Tom avait arrêté de l'embrasser. Il se débattit avec plus de force, mais Tom l'immobilisa rapidement en s'asseyant sur son bassin et en lui tenant les poignets.
- Qu'est-ce que tu vas me faire? Demanda Bill d'une voix éprise de sanglots.
- Je sais pas trop, répondit Tom, la réponse identique à celle de ce matin.
Tom se pencha légèrement sur lui, un sourire machiavélique sur les lèvres, et lui remonta son tee-shirt. Bill, les poignets libres, tentait de redescendre son vêtement mais Tom l'en dissuada en le giflant violemment. Bill laissa sa tête retomber sur le côté dans les replis que formait la couette, ne voulant plus voir l'affreux visage de ce Tom en transe, les mains de part et d'autre de sa tête. Ses yeux pleuraient.
Tom remonta le tee-shirt jusqu'à sa poitrine. Le ventre de Bill se soulevait et s'affaissait au rythme d'une peur sans nom. Tom posa doucement ses lèvres juste au dessus de son nombril, et se mit à lécher et à sucer sa peau blanche. Bill n'éprouvait pas de Sensation vis-à-vis de ce geste. Et son c½ur hurlait.
Il se mit à gémir et à fermer les yeux lorsqu'il sentit les dents de Tom entailler sa peau.
- Tomi arrête... arrête tu es fou... Sanglotait-il.
- Mais non, pas du tout. Je suis sûr que tu aimes ça.
- Non... Non je n'aime pas ça du tout...
Tom mordit un peu plus fort et Bill cria faiblement. Haletant, il rouvrit les yeux et vit une goutte de sang dévaler le côté de son ventre. Le rouge était là. Et Tom était définitivement fou.
Il lécha la blessure qu'il avait causée jusqu'à ce que le sang ne s'écoule plus. Il embrassa le nombril de Bill, puis redescendit son tee-shirt et se laissa glisser sur le côté, venant s'allonger tout contre le corps tremblant de son jumeau dont le visage trempé de larmes brillait aux dernières lueurs du jour.
Tom se serrait contre lui, respirant bruyamment, fermant les yeux et humant l'odeur de la peur qui émanait de son frère. Un sourire horrible se dessina sur ses lèvres.
- Tomi, pourquoi?... Pourquoi tu as fais ça?... Demanda Bill, perdu dans ses sanglots.
- Parce que je peux pas te faire l'amour.
- Mais... Mais ça... ça n'a rien à voir... Tu m'as fais mal Tomi... L'amour ça... ça fait pas mal...
- Si, si ça fait très mal.
- Tu es en train de me dire que... que tu m'as... fait mal avec... avec amour.
- Oui.
- Je... Je ne comprends rien...
- Tu n'as pas à comprendre.
- Si... Explique-moi.
- Qu'est-ce que tu veux que je t'explique?...
- Pourquoi tu... tu me fais tout ça.
- Je viens de te le dire.
- Mais...
- Chut.
Tom se resserra contre lui. Une nouvelle crise de larmes envahit Bill. Elle ne cessa que lorsque la nuit eut engloutit le monde dans sa gueule noire aux dents scintillantes. Il n'avait pas bougé, Tom non plus, toujours lové contre lui. Il semblait être sur le point de s'endormir.
- Tu sais Tomi...
- Hm?
- Je t'aime.
Tom ne répondit rien. Il ne répondrait jamais rien. Même plusieurs années après cet instant, les paroles de Bill seraient emportées par le vent et Tom ferait semblant de ne pas l'entendre murmurer.
- Et toi Tomi? Tu m'aimes? Dis? Tu m'aimes?
Une chouette hulula dehors. Les petits soupirent que poussait Tom signifiaient qu'il dormait. Bill se tourna face à lui et le contempla. Il avait l'air d'un ange, dormant ainsi, mais il en avait juste l'air. Malheureusement.
Bill se blottit contre lui et ferma les yeux. Il tenta de s'endormir, en vain. Même plusieurs années plus tard, il aurait des difficultés à s'endormir auprès de Tom, la personne qu'il aime et, sans encore le savoir, qu'il déteste. Amour et haine font souvent mouvements de confusion...
Voilà, c'était le dernier chapitre de cette première partie. La seconde partie sera plus longue!
Vous aimez toujours?




