« Retour au blog de bloody-twilight-twc

Partie 1, II

Partie 1, II
.

II
Tout avait commencé un après-midi de mai, alors que la classe des CM2 était en sortie pédagogique dans la forêt. L'instituteur dirigeait le groupe d'élèves, et une surveillante fermait la marche. Bill et Tom était plus près du maître que de la surveillante, si bien qu'ils pouvaient sans problème s'éclipser dans les bois si le maître ne se retournait pas et que les autres élèves ne piaillaient pas leur disparition. Mais pour l'instant, les jumeaux avançaient encore parmi les autres, main dans la main. Pour l'instant.

Bill avait sans arrêt la tête levée vers les cimes qui se détachait du ciel bleu du printemps. Il y trouvait tout son intérêt en regardant les oiseaux voleter de branche en branche, ou s'affairant à la consolidation du nid où reposaient parfois quelques tout petits ½ufs. Il n'osait pas vraiment scruter l'ombre des bois, entre les troncs sombres et sous les feuillages obscurs, de peur d'y voir des sangliers ou, pire, le Grand Loup à la fourrure argentée qui dévorait les enfants. C'était Tom qui lui avait raconté cette affreuse histoire, comptant bien faire peur à son frère qui l'avait cru aussi naïvement qu'un gosse pouvait le faire.

Tom, la main tenant celle de Bill, sentait parfaitement bien la peur de son jumeau par l'intermédiaire sa paume moite. Mais, lui aurait-il lâché la main qu'il aurait tout de même su que Bill n'était pas très bien dans ses baskets.

- T'as la frousse ? Lui demanda-t-il.
- Non, pas du tout, lui répondit Bill sans lâcher le ciel des yeux.
- Moi, je dirais que si.
- Que non !

Tom sourit en regardant le visage de son jumeau, qui serait bientôt en partie dissimulé sous une épaisse petite mèche noire, qui ne lui descendait pour le moment qu'à l'arcade sourcilière.

- J'ai pas la frousse du tout, insista Bill qui n'y croyait pas lui-même.
- Oui, y'a pas à avoir la frousse dans cette forêt. Il doit juste il y avoir quelques lapins carnivores et des cerfs avec des bois comme des lances de chevaliers !
- Arrête Tom ! Supplia Bill en décrochant son regard des cimes pour venir regarder le visage de Tom qui souriait sournoisement.

Il resserra un peu l'étreinte de leurs mains.

- D'abord, ça n'existe pas les lapins carnivores.
- Je te dis que si !
- Que non !

Tom se mit à rire, mais Bill ne trouvait pas ça drôle du tout. Quelques filles derrière lui se moquaient de lui, et admiraient Tom secrètement.

- Arrête de me faire peur, dit Bill à voix basse.
- Je te dis juste ce qui est, c'est toi qui a peur après.
- Eh bien ne me dis plus rien du tout ! Dit Bill sur un ton mi-colérique, mi-apeuré, en regardant à nouveau le ciel et les oiseaux.
- Tu me boudes ? Demanda Tom avec un petit sourire en coin.
- Oui, et très fort en plus, répondit son jumeau en lui lâchant la main et en croisant les bras.

Tom sourit de plus belle, approcha discrètement son visage de celui de son frère en tendant les lèvres, et lui fit un bisou qui claqua dans l'air. Smack ! Les filles derrière eux gloussèrent.

- Je te boude toujours, dit Bill qui avait presque sursauté lorsque son frère l'avait touché.
- D'accord, fit Tom comme si ça ne l'affectait en rien.

Tom mit ses mains dans ses poches, sachant que Bill l'observait du coin de l'½il et qu'il mourrait d'envie de lui reprendre la main. Il scruta les sous-bois, espérant peut-être y apercevoir un cerf, sans lances de chevaliers en guise de bois. Mais il n'y avait que quelques terriers de lapins, qui n'étaient évidement pas carnivores.

Dix minutes plus tard, Bill boudait toujours. La classe s'était enfoncée plus profondément dans la forêt pour apercevoir des animaux et des plantes qu'on ne rencontrait pas ailleurs, et il faisait de plus en plus sombre. Tom s'ennuyait cruellement et les filles qui jacassaient derrière l'énervaient profondément. Normalement, Bill devrait bientôt arrêter de bouder pour venir le taquiner ou, au contraire, pour se faire taquiner. Mais en attendant, Tom s'embêtait.

Il vit soudain quelques petites notes de rouge illuminées par un faisceau de lumière perçant la canopée. Ce devait être des fraises des bois.

- Billou ! Chuchota Tom.
- Je boude je t'ai dis.
- Non mais j'ai trouvé quelque chose d'intéressant !

Tom prit la main de son frère et ils s'écartèrent du groupe d'élèves pour aller dans le sous bois, là où les boissons de fraises demeuraient. Les filles protestèrent, mais personne ne fit réellement attention que les jumeaux Kaulitz s'éloignaient.

- Tom on va se perdre ! Dit Bill.
- Mais non, on ne va pas loin.

Les ronces déchiraient leurs pantalons, et l'ombre les dissimulait de l'attention somnolente de la surveillante qui fermait la marche. Bill ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer d'horribles créatures se jeter sur lui, surgissant des bosquets de ronces ou de fougères. Des créatures avec des griffes pleines de sang et des dents recouvertes de bave écumeuse.

Tom se stoppa devant le petit buisson de fraises des bois. Le visage de Bill s'illumina et il s'accroupit pour regarder les petits fruits écarlates de plus près. Tom fit de même.

- On peut les manger tu crois ? Demanda Bill.
- Ben oui ! C'est des fraises.
- Alors je goûte !

Bill cueillit une petite fraise, l'écrasant presque entre son pouce et son index tant le fruit était délicat. Un jus sucré, brillant et écarlate coula le long du pouce de Bill alors que celui-ci portait le fruit à ses lèvres. Il coupa la fraise en deux à l'aide de ses incisives, laissant l'autre moitié du fruit dans ses doigts. Une goutte de jus rouge glissa le long de son menton, alors que Bill savourait cette petite douceur, et que Tom le regardait faire avec un regard effrayant, fasciné et pervers.

Bill engloutit le reste du fruit et voulu s'essuyer le menton d'un revers de main, mais Tom le retînt en lui saisissant le poignet.

- Qu'est-ce qu'il y a Tom ?

Tom ne répondit pas. Il fixait la goutte rouge avec des yeux ronds et vicieux. Il y avait comme quelque chose de mal dans ce regard, ce que Bill ne tarda pas à déceler.

- Tomi ? Qu'est-ce que tu as ?

Pas de réponse. Tout en tenant le poignet de son jumeau, Tom cueillit une fraise et la porta à la bouche de Bill. Celui-ci, pensant qu'il allait la lui mettre dans la bouche l'ouvrit, mais Tom lui ordonna de la refermer. Il approcha le fruit de sa lèvre supérieure, et l'y écrasa en la pressant avec son pouce. Le jus rouge dégoulina sur les lèvres de Bill, puis sur son menton, venant recouvrir le sillon laissé par la goutte précédente qui était en train de sécher. Bill passa sa langue sur ses lèvres sucrées par le jus. Quant à Tom, ce qu'il voyait n'était pas le sucre, ni le jus du fruit. Ce qu'il voyait, c'était le rouge, la bouche de Bill pleine de rouge, comme pleine de sang.

Tom sourit et vînt lécher le menton de Bill, puis remonta à ses lèvres. Bill le repoussa doucement.

- Qu'est-ce que tu fais ?! S'étonna-t-il.

Mais Tom ne répondit toujours pas, et revînt coller ses lèvres sur celles de son frère. Celui-ci se débattit, mais Tom était plus fort. Il l'avait toujours été.

- Arrête Tom, tu es fou ! S'exclama Bill en tombant allongé dans l'herbe, le regard apeuré.
- Mais non, pas du tout.

Bill voulut se relever et s'enfuir, car Tom lui faisait plus peur que jamais, mais celui-ci s'assit à califourchon sur son ventre, lui empêchant de faire tout mouvement. Il immobilisa le visage de son frère en plaquant ses mains de chaque côté et vînt lécher ses lèvres pleines de rouge. Les courtes et récentes dreadlocks de Tom tombèrent sur leur deux visages, leur barrant la vue et les plongeant dans le noir. Bill se mit à pleurer, ce qui, sembla-t-il, fit redoubler les envies obscènes de son jumeau. Ce dernier cueillit d'autres fraises et les écrasa autour de la bouche de Bill. Il lécha ensuite le jus rouge et déclara en se redressant :

- J'aime bien faire ça.
- Pas moi. J'aime pas du tout, couina Bill qui ne voyait plus rien à cause du flou des larmes.
- Je dirais que si.
- Que non...

Bill se frotta les yeux avec ses poings serrés, et ses pleurs redoublèrent d'intensité. Pendant ce temps, Tom saisit une tige de ronce aux épines acérées et l'avança vers les lèvres de Bill qui brillaient encore de salive. Bill ne voyait pas ce qui se préparait, trop occupé à pleurer, et se raidit en sentant le végétal hostile lui entailler le coin des lèvres. Tom appuya plus fort pour que les épines pénètrent plus profondément dans la chaire, et Bill gémit plus de peur que de douleur.

Le sang se mit à couler, plus sombre et plus troublant que le jus de fraise. Et Tom se mit à sourire en le léchant goulûment. Bill tentait toujours tant bien que mal de le repousser, les mains sur les épaules de son frère, mais cela semblait accentuer encore plus le plaisir qu'il avait à faire ça. Bill constata avec stupéfaction que, plus il se débattait et plus il tentait de résister, plus Tom semblait satisfait.

- Arrête Tomi...
- Non, je sais que tu aimes, lui souffla Tom sur les lèvres.
- Non, non je n'aime pas...
- Et pourquoi ?
- C'est les grands qui font ça... ce n'est pas un jeu pour nous.
- Mais tu t'en fiches d'avoir mal, remarqua Tom en souriant.

Bill acquiesça d'un signe de tête, les yeux noyés et le menton ensanglanté.

- En fait, t'aimes bien avoir mal.
- Non... mais...
- Mais si, tu aimes ça. Avoue-le.

Bill tourna la tête sur le côté et ferma les yeux. La blessure au coin de ses lèvres brillait, et le sang coulait toujours. Tom la nettoya d'un coup de langue, puis colla ses lèvres aux siennes.

- Mais Tom... c'est un jeu dangereux... et on a même pas douze ans...
- Et alors ? On fait ce qu'on veut.
- Mais ce n'est pas normal... dit Bill en fixant le buisson de fraises.
- On s'en fou. Personne n'est obligé de le savoir.
- Mais ça finira par se savoir.
- Et alors ? Tu as honte que ça se sache ?
- Non mais...
- Alors qu'est-ce qui te retient ?
- Je ne sais pas...

Au fond de lui, Bill savait. Ce n'était moral de faire ce genre de chose, ce n'était pas dans son éducation. Dans leur éducation. Comment Tom avait-il bien pu avoir ces idées en tête ?

Tom posa ses lèvres sur les siennes, ce qui lui fit arrêter tout raisonnement. Il passa ses bras autour de son cou et se laissa faire. Tom semblait se régaler en léchant la chaire à vif de sa plaie, et Bill ne trouvait pas ça si désagréable qu'il ne l'aurait pensé.


______________________________________________

Vous aimez?
Votre moment préféré?
Ce que vous n'avez pas aimé?

Si vous souhaitez être prévenue lorsque la suite est en ligne, mettez-moi dans vos favoris!

# Posté le dimanche 15 juin 2008 12:24

Modifié le mercredi 15 juillet 2009 12:54

« Article précédent : Partie 1, I

Article suivant : Partie 1, III »