.IV
Le lendemain, Bill se réveilla vers onze heures. Il faisait clair dans la chambre et le lit de Tom était vide. Il devait certainement être parti chercher la « surprise ».
Bill descendit au salon en pyjama - qui était en fait un boxer et un tee-shirt de son père qui lui arrivait aux genoux. Il n'y avait personne. La cuisine était également vide et une feuille de bloc note reposait sur la table. Bill s'en empara et lu:
« Je suis parti faire des courses, je ne reviendrai pas avant midi. Maman. »
Voilà qui était parfait. Il avait encore une heure au moins à traîner en pyjama, devant la télé en grignotant ses céréales préférées. Il prit un bol et le remplis à ras bord de céréales, puis alla s'installer confortablement sur le canapé devant la télé après l'avoir allumée.
Quelques images de la veille lui revinrent en tête. Le rouge à lèvre, le baiser de grand de Tom, l'expression « faire l'amour ». Autant de mots et de gestes intrigants, qui éveillent la curiosité. Bill se sentait toujours affreusement mal à l'aise quand Tom lui parlait de ce genre de choses que l'on fait à deux, et encore plus lorsqu'il lui montrait comment on les faisait. C'était nouveau, c'était un peu dégoûtant et ça lui faisait peur. Mais en même temps, il ne trouvait pas ça si désagréable. Mélanger sa salive à celle de Tom ne lui avait pas plu hier soir, mais en y réfléchissant, et si on oubliait l'histoire de salive, il avait plutôt aimé. Tout comme lorsque Tom avait appuyé son doigt sur son bas ventre: le geste en lui-même ne lui plaisait pas vraiment, mais la sensation que ce geste lui procurait, elle, était plus qu'agréable.
En revanche, l'obsession de Tom pour le rouge ne lui plaisait pas du tout. Il en avait peur, mais pas de la même façon de tous les gestes nouveaux. C'était une peur malsaine, qui prend directement aux tripes. Tom semblait se métamorphoser dès qu'il voyait du rouge. Ou, plus exactement, dès qu'il avait une idée de substance rouge à étaler sur son jumeau. Dès lors, son regard changeait, ses gestes étaient plus rapides, plus vifs, plus brutaux et, Bill en était sûr, il ne les contrôlait pas. En présence de rouge, Tom n'était plus lui. Il devenait terrifiant, imprévisible, brutal et même méchant. On n'écorche pas les lèvres de son frère juste pour s'amuser. Ce Tom là, pourtant, s'amusait à ridiculiser son jumeau. Ca lui plaisait et, semblait-il, il n'était jamais rassasié. Son désir de voir du rouge sur le corps de Bill renaissait toujours aussitôt que Tom croyait l'avoir assouvi. C'en était d'autant plus effrayant que l'étrangeté de ses désirs montait en crescendo.
Bill se rendit compte qu'il tremblait, non pas de froid, mais d'angoisse. Il était à peu près sûr que la surprise de Tom ne lui plairait pas, qu'elle ne plairait qu'à son frère. Qu'est-ce que ça allait être? Quelque chose de rouge. Oui, un objet, n'importe quoi, mais quelque chose de couleur rouge. Il en était aussi certain qu'il savait qu'il s'appelait Bill.
Un épisode de Titeuf qui commençait le tira de ses pensées. Tant mieux, se dit-il, car plus il y pensait, plus il tremblait de peur.
Mais à vrai dire, le divertissement procuré par le dessin animé fut de courte durée. La porte d'entrée claqua à onze heures vingt, et un Tom beaucoup trop joyeux s'écria:
- Bill!!! T'es réveillé? Je suis rentré! Et j'ai la surprise!
Bill ne répondit rien et se contenta de se recroquevillé dans les coussins du canapé. Il se rendit compte qu'il n'avait presque pas touché à ses céréales qui, d'ordinaire, étaient expédiées illico presto dans son estomac.
- Billou? Ha, tu es là!
Tom contourna le canapé et apparut aux yeux apeurés de Bill. Il tenait un paquet à la main. Un paquet ni trop grand, ni trop petit. Un paquet moyen, et Dieu seul savait ce qu'il y avait dedans.
- T'as bien dormi? Demanda Tom en s'affalant sur le canapé, contre son frère qui restait figé.
- Oui... Pourquoi?
- Super, tu vas être en forme!
Bill le regarda de travers, les yeux exorbités, les doigts crispés sur la cuillère et le bol de céréales. Pourquoi devrait-il être en forme? C'était une question qu'il ne préférait pas poser.
- T'es allé où? Demanda Bill.
- Dans un magasin.
- Un magasin de quoi?
- De vêtements.
- Et qu'est-ce que tu as acheté?
- C'est la surprise!!!
Voyant le peu d'enthousiasme que Bill portait à cette surprise, Tom ajouta:
- Si tu veux la voir, va t'habiller.
- D'accord.
Bill se leva paresseusement, laissa le bol sur la table basse du salon et monta dans la chambre pour s'habiller. Alors qu'il montait les escalier, Tom lui cria:
- Et maquille-toi! Fais-toi beau. Mais pas comme hier soir avec le violet, ça fait...
- Pute, je sais, termina Bill en montant les dernières marches.
Il entra dans la chambre et referma la porte. Il ouvrit son armoire, et eut la soudaine envie de s'habiller le plus laidement possible pour que Tom ne lui trouve aucun attrait. Mais bien sûr qu'il n'allait pas le faire. Il bannit tout vêtement de couleur rouge, et prit un jean simple et un tee-shirt bleu. Rien de très extravagant. Surtout pas.
Il s'habilla avec les habits choisit, et alors qu'il allait sortir de la chambre, Tom entra, le paquet moyen à la main, un sourire hypnotique sur le visage.
- Ho, tu peux enlever ton pantalon, t'en auras pas besoin, dit-il.
Bill fit des yeux ronds.
- Pourquoi? Demanda-t-il.
- C'est la surprise!
- Tu m'as acheté un nouveau pantalon?
- Pas exactement.
Bill trouvait ça à la fois excitant et effrayant. Il enleva son pantalon et le posa sur son lit encore défait de la nuit. Tom lui tendit enfin le paquet, toujours avec le sourire sur le visage.
- Ouvre-le, dit-il.
Bill le prit. C'était quelque chose de mou, un vêtement bien évidement, puisque c'était dans un magasin de vêtement que Tom était allé. Les mains tremblantes, il commença à déchirer le papier d'emballage. Le tissu apparu, agressivement rouge, comme Bill s'en était douté. Il n'y avait pas beaucoup de tissu, d'ailleurs, et Bill crut qu'il allait hurler d'horreur lorsqu'il découvrit la forme du vêtement. Une jupe. Une jupe très, très courte. Une mini-jupe rouge. Il leva des yeux terrifiés sur Tom. Celui-ci souriait toujours d'une façon que Bill qualifierait de diabolique.
- Essaye-la, qu'est-ce que tu attends?
- Mais Tom, c'est une jupe.
- Et alors? Ça t'empêche pas de l'essayer.
- Je suis un garçon! Pas une fille!
Quelqu'un d'autre lui aurait offert cette jupe dans l'unique but de rire. Mais Bill savait que Tom n'avait pas fait cet achat en visant une fin marrante. D'autant plus que la jupe était rouge.
- Ben c'est pas écrit que y'a que les filles qui peuvent porter des jupes. De toute façon, tu ressembles à une fille. Alors met-la et va te maquiller.
- J'ai pas envie, dit Bill d'un ton ferme.
- Met-la et maquille-toi.
- Mais...
- Discute pas!
Tom ne souriait plus. Son regard était agressif et Bill sentait qu'il serait foudroyé sur place s'il n'enfilait pas cette stupide jupe.
Il descendit donc la fermeture éclair pour ouvrir la jupe et passa ses jambes nues dedans. Il la remonta sur ses hanches et demanda:
- Tu peux fermer la fermeture derrière?
- Oui, retourne-toi.
Il s'exécuta et sentit les doigts de Tom glisser légèrement sur ses fesses avant d'attraper la fermeture.
- Tomi ne me touche pas comme ça... dit-il.
- Je te touche comme je veux.
Il remonta la fermeture éclair d'un geste sec et Bill se retourna rapidement pour éviter que Tom ne le touche encore. Il ne s'était certainement pas sentit plus ridicule dans sa vie qu'en ce moment.
- Va te maquiller maintenant, lui ordonna Tom.
Bill y alla sans discuter. Il rentra dans la salle de bain et eut une envie de rire et de pleurer à la fois quand il se vit dans le grand miroir. L'union du bleu de son tee-shirt et du rouge de la jupe faisait un effet des plus clownesques qu'il soit. Il se disait que, plus ridicule que lui, ce n'était pas possible.
Il s'avança vers le lavabo, prit l'eye-liner noir et se maquilla le plus soigneusement que ses mains tremblantes le lui permettaient. Il allait ressortir quand Tom fit irruption dans la pièce.
- Voilà, fit Bill.
- Quoi voilà?
- Ben j'ai fini de me maquiller.
- Ben non, t'as pas mis le rouge à lèvre.
- Mais Tom...
- Pas de mais.
Bill alla donc mettre du rouge à lèvre, sentant le désagréable regard de Tom posé sur la jupe. A peine eut-il terminé d'appliquer le rouge à lèvre que Tom lui prit brutalement la main et l'entraîna dans la chambre. Il ferma la porte.
Le c½ur de Bill battait beaucoup trop vite. Tout ce qu'il espérait c'était que leur mère rentre le plus tôt possible des courses et qu'elle mette fin sans le savoir à cette scène humiliante et terrifiante. Mais il n'en serait rien, bien évidemment.
- Tom, qu'est-ce que tu vas faire? Demanda Bill, tétanisé.
- Je sais pas trop.
Il s'approcha de lui, jusqu'à coller son corps au sien et l'embrassa aussi fougueusement que la veille. Ses mains étaient posées sur ses hanches recouvertes du tissu rouge de la jupe et remontaient de temps en temps sur son ventre, maladroitement. Tout doucement il recula vers son lit et s'y assit, en faisant assoir Bill à califourchon sur ses cuisses. Un Bill pétrifié, jusqu'à ce que la Sensation dans le ventre arrive. A partir du moment où la Sensation était là, le geste pouvait paraître dégoûtant et obscène, il s'en fichait. La Sensation rendait n'importe quoi agréable.
Comme la veille, sa langue se mit à danser avec celle de Tom et ses mains se posèrent dans son dos. Il pensait de moins en moins à la honte et de plus en plus à la Sensation. Et il oubliait tout le reste, même que Tom était à moitié fou. Celui-ci s'allongea, et Bill vînt au-dessus de lui ne pensant plus à rien d'autre que les lèvres de Tom qu'il ne voulait pas lâcher. Il pensait d'ailleurs à peine aux mains de son frère qui se promenaient joyeusement sous la jupe. Ce geste là procurait des Sensations, contrairement à tout à l'heure. Et du moment qu'il y avait des Sensations, tout allait bien...
- Billou? Fit Tom en restant à quelques centimètres de ses lèvres.
- Oui?
- Tu veux pas qu'on fasse l'amour?
Les Sensations partirent et laissèrent à nouveau la place à la peur et à l'horreur. Bill se redressa vivement, se retrouvant assit sur le bassin de Tom. Et alors, ses yeux s'agrandirent lorsqu'il sentit la bosse dure que formait l'entre jambe de son frère.
- MAIS T'ES MALADE OU QUOI?! Hurla-t-il.
Il bondit sur le côté, tombant à terre. Il arracha la jupe, enfila son jean et sortit de la chambre en claquant la porte derrière lui.
Tom resta un moment allongé sur le lit, complètement ahuri, pensant que « c'était dans la poche ». Il regardait, les sourcils froncés, son érection naissante, pensant que Bill aurait pu y faire quelque chose. Mais non. Bill n'était finalement pas aussi manipulable qu'il l'avait pensé.
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